samedi 4 février 2017

La loi de la jungle (Antonin Peretjatko, 2016)

Après l'excellent La fille du 14 Juillet, Antonin Peretjakto confirme, avec ce ce tourbillon d'audace et de folie douce, tout le bien que je pensais de lui. S'appropriant tous les poncifs cinématographiques pour mieux les détourner (les scènes érotiques, romantiques ou d'action deviennent ici des instants totalement surréalistes), le réalisateur fait preuve d'une imagination et d'une poésie visuelles sans cesse renouvelées, peuplant cette épopée improbable de personnages qui le sont tout autant, mais traités avec une infinie tendresse. On tient sans nul doute avec Peretjatko la meilleure alternative aux comédies françaises ultra formatées et sans âme.

samedi 31 décembre 2016

Le Caravage (Alain Cavalier, 2015)

Aride, le film l'est certainement. Court aussi. Trop. Mais ce serait toutefois passer à côté d'instants de pure magie, dans lesquels l'homme (Bartabas, quasi mutique) et le cheval (Le Caravage, incroyable de grâce et de beauté), ne font plus qu'un. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si, dans l'unique bonus présent sur le DVD, Bartabas montre à Cavalier (sourire) une magnifique statue de lui-même en Centaure, le seul instant peut-être où l'exigeant artiste semble laisser de côté son apparente misanthropie pour baisser enfin sa garde. A noter également, toujours dans ce bonus, un sublime échange entre le réalisateur et le cheval, plein de tendresse et de nostalgie.

"Je vois parfois dans le regard d'un cheval la beauté inhumaine d'un monde d'avant le passage des hommes."
(Bartabas)

mardi 27 décembre 2016

La résistance indienne aux États-Unis (Elise Marienstras, 1980)

Un inestimable et indispensable document, qui confronte le lecteur à un combat sous-médiatisé, voire carrément oublié et pourtant capital.

“Le silence a le poids des larmes.”
(Louis Aragon)

samedi 29 octobre 2016

La Fin Du Jour (Julien Duvivier, 1939)

On ne sait si Duvivier veut rendre hommage ou bien mettre à bas la profession d'acteur, tant son film oscille entre ces deux contraires, faisant preuve tour à tour d'une certaine bienveillance ( admirable description du microcosme de cette maison de retraite, dernier refuge pour ces comédiens oubliés) et d'une profonde cruauté (toute l'intrigue tournant autour de Jouvet et Francen et leur mystérieuse querelle, mais également le tragique et truculent personnage de Michel Simon). Qu'importe finalement vers quel côté penche la balance, puisque comme toujours chez le réalisateur, la virtuosité l'emporte.

Free State Of Jones (Gary Ross, 2016)

Bien plus qu'un énième film historique, c'est bel et bien un vibrant manifeste humaniste que nous offre Gary Ross, jonglant habilement entre l'intime et l'épique pour nous narrer cette poignante histoire d'un homme (McConaughey, littéralement possédé) en quête d'un idéal dans un pays aux cicatrices béantes et qui peine à se débarrasser de ses démons. Le choix de naviguer entre deux époques s'avère à ce titre judicieux, tant l'on s'aperçoit, à travers l'absurde procès intenté à son descendant, que les répercussions de la Guerre de Sécession, et principalement la ségrégation, ont encore de beaux jours devant elles. On tient donc un film, certes parfois très violent, mais cette violence s'accompagne d'une profonde intelligence et s'avère de fait nécessaire pour dénoncer les profondes contradictions d'un pays qui se voudrait la plus grande démocratie du monde. Franchement puissant.

mardi 25 octobre 2016

The Witch (Robert Eggers, 2016)

Difficile de ne voir en The Witch qu'un vulgaire film fantastique, tant le réalisateur s'attache, avec une intelligence et une acuité rares, à disséquer l'éclatement d'une cellule familiale fragilisée par des deuils successifs et sombrant petit à petit dans l'hystérie collective. En ce sens, les irruptions du surnaturel, fantasmé ou non, dans le quotidien de cette famille de fermiers, au demeurant particulièrement soignées parce que fonctionnant quasi uniquement sur la suggestion, seraient presque de trop, même si elles réussissent invariablement à instiller un sentiment de malaise durable au spectateur. Grand film paranoïaque bien plus que fantastique donc, mais tout aussi passionnant.