jeudi 30 mars 2017

Cat People (Paul Schrader, 1982)

Si l'inceste entre frères et soeurs et les vierges à qui il pousse des poils quand leur libido les chatouille vous intéresse, ce film est fait pour vous. Sinon, passez votre chemin. Pour vous situer la chose, c'est un peu comme si Adrian Lyne, époque 9 semaines 1/2, s'était mis dans la tête de réaliser un épisode de Manimal. Difficile de croire alors que c'est Schrader, LE Schrader de Mishima, Light Sleeper, excusez du peu, qui a réalisé ce film. C'est laid, approximatif, involontairement drôle et il faut bien le dire, incroyablement mal joué (la platitude des dialogues n'aide en rien les pauvres acteurs, il est vrai).
Enfin, j'ai bien ri, c'est déjà ça de gagné... Miaou.

Patriots Day (Peter Berg, 2017)

Peter Berg se fourvoie dans un film pour le moins primaire, certes techniquement très maîtrisé sur la forme mais définitivement raté sur le fond. Partant d'une intention louable, à savoir rendre hommage aux victimes et aux enquêteurs des attentats de Boston, le réalisateur noie son film sous une gelée patriotique pour le moins embarrassante, sentiment qui culmine dans une scène hallucinante où l'un des flics (Wahlberg, surjouant l'affliction), met en parallèle la stérilité de sa femme et le combat entre le bien et le mal. Quid aussi du choix pour le moins délicat d'éluder les motivations des deux frères terroristes, les réduisant à deux entités estampillées "haïssables" sans aucune autre forme d'analyse ? Cet aspect est incompréhensible au vu de l'intelligence dont avait fait preuve Berg dans son puissant et complexe Lone Survivor. Certes, on pourra toujours se consoler avec un casting quatre étoiles et une poignée de scènes particulièrement tendues, mais le fait est que Patriots Day s'avère être une sacrée déception.

Taboo (2017)

Avec une telle équipe aux manettes (Sir Ridley Scott à la production, Hardy père et fils en forces créatrices et Steven Knight à l'écriture,  excusez du peu), le projet promettait déjà beaucoup sur le papier. Il faut bien l'avouer, l'essai est transformé sur écran, et ce d'une éclatante manière. Non content de restituer avec une incroyable rigueur un contexte historique pour le moins complexe (l'Angleterre pré-Victorienne en guerre contre des États-Unis encore balbutiants sur fond de complots de la Compagnie des Indes pour la mainmise sur le commerce international), Taboo propose en outre un voyage quasi-mystique dans l'esprit d'un homme (Tom Hardy, exceptionnel), obsédé par la vengeance et ayant embrassé sa part sombre et ses démons. Il en résulte un projet hybride, réjouissant mélange de récit Dickensien et de fantastique, tout en réservant parfois de savoureuses incursions dans le Grand Guignol le plus débridé. Mais un tel projet ne serait pas grand chose sans un casting de choix et les créateurs l'ont bien compris, recrutant une bande d'actrices et d'acteurs tous plus fabuleux les uns que les autres (Franka Potente, Oona Chaplin, Jonathan Pryce ou encore Tom Holland, Stephen Graham et David Hayman). Reste à savoir si, au vu de l'énigmatique conclusion et des enjeux proposés, l'aventure continuera dans une seconde saison, ce que l'on ne peut que souhaiter ardemment.

Hacksaw Ridge (Mel Gibson, 2016)

Mel Gibson a toujours été un réalisateur de convictions, mais également d'obsessions. La foi, la violence, la rédemption n'en sont que quelques exemples mais ces dernières sont ici poussées, explorées voire disséquées jusqu'au paroxysme, comme ce fut d'ailleurs le cas pour le décrié et néanmoins indispensable Passion du Christ. Et quelle meilleure façon pour le réalisateur australien de nous livrer le fruit de ses entrailles (et au passage de faire sortir celles de son casting) que de se pencher sur l'improbable histoire de Desmond Doss, premier objecteur de conscience  et croyant convaincu à avoir été décoré de la Medal Of Honor, et ce sans avoir jamais tiré une seule balle, mais pour avoir sauvé soixante quinze de ses compatriotes pendant la bataille d'Okinawa. Après une première partie exposant le passé du personnage principal, les raisons de son choix radical et sa difficile intégration dans le microcosme militaire, certes longue mais totalement nécessaire, Gibson offre, ou plutôt fait subir au spectateur une immersion d'un champ de bataille d'une férocité quasi surnaturelle mais totalement cohérente pour bien cerner le jusqu'au-boutisme teinté de fanatisme de son personnage principal. À tous points de vue donc, Hacksaw Ridge est une oeuvre extrême, engagée voire totalement folle, à l'image de son emblématique réalisateur.

samedi 4 février 2017

La loi de la jungle (Antonin Peretjatko, 2016)

Après l'excellent La fille du 14 Juillet, Antonin Peretjakto confirme, avec ce ce tourbillon d'audace et de folie douce, tout le bien que je pensais de lui. S'appropriant tous les poncifs cinématographiques pour mieux les détourner (les scènes érotiques, romantiques ou d'action deviennent ici des instants totalement surréalistes), le réalisateur fait preuve d'une imagination et d'une poésie visuelles sans cesse renouvelées, peuplant cette épopée improbable de personnages qui le sont tout autant, mais traités avec une infinie tendresse. On tient sans nul doute avec Peretjatko la meilleure alternative aux comédies françaises ultra formatées et sans âme.

samedi 31 décembre 2016

Le Caravage (Alain Cavalier, 2015)

Aride, le film l'est certainement. Court aussi. Trop. Mais ce serait toutefois passer à côté d'instants de pure magie, dans lesquels l'homme (Bartabas, quasi mutique) et le cheval (Le Caravage, incroyable de grâce et de beauté), ne font plus qu'un. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si, dans l'unique bonus présent sur le DVD, Bartabas montre à Cavalier (sourire) une magnifique statue de lui-même en Centaure, le seul instant peut-être où l'exigeant artiste semble laisser de côté son apparente misanthropie pour baisser enfin sa garde. A noter également, toujours dans ce bonus, un sublime échange entre le réalisateur et le cheval, plein de tendresse et de nostalgie.

"Je vois parfois dans le regard d'un cheval la beauté inhumaine d'un monde d'avant le passage des hommes."
(Bartabas)